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Guy Montagné

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Cette interview 100 % exclusive est réalisée par Jonathan Godts le 08 Mars 2003 au théâtre de la Michodière

 

 

Jonathan Godts: Le crâne poli comme il se doit, l'œil à l'affût pas de doute c'est bien Guy Montagné que nous avons face à nous ce soir.  Et c'est après avoir joué "un homme parfait" ici au théâtre de la Michodière aux cotés de Jeanne Manson qu'il s'apprête à répondre à nos questions.  Aussi monsieur Montagné bonjour, comment vous sentez vous après cette représentation mouvementée et c'est peu de le dire !

 

Guy Montagné: Bonjour et bien je me sens un peu fatigué.

 

JG: Il est d'usage de tracer brièvement dans nos interviews le parcours des humoristes depuis leur banc scolaire.  Vous n'y échapperez pas puisque, comme beaucoup, c'est déjà en classe que vous vous amusiez à faire le pitre.  Et pour faire poiler vos camarades rien de tel que de bonnes imitations de professeurs.  Vous vient-il quelques anecdotes croustillantes de cette période ?

 

GM: Pas énormément à part un prof de math que j'imitais bien à l'époque et qui était toujours avec un costume noir plein de craie, si bien qu'on était toujours consternés de voir la saleté de ce costume.  Et puis un jour, j'étais en train de l'imiter et il est arrivé en costume hyper propre.  Déjà j'ai été alerté de son arrivée car il s'était trompé de porte et il était entré dans les toilettes en disant bonjour tout le monde.  C'est authentique, il est entré dans la classe en étant clean.  On n'avait jamais vu ça et ça nous a vraiment épaté.  Puis le mec a écrit au tableau et est arrivée une poussière blanche qui s'est posée sur sa manche qu'il a essayé de balayer de la main droite.  Ensuite, rapidement, le costume est devenu entièrement blanc, ça m'a marqué !

 

JG: En tout cas c'est là que vous allez fouler pour la première fois  la scène.

 

GM: J'ai mis les pieds sur scène pour la première fois à l'école puisque c'est mon prof d'histoire-géographie qui m'en a donné la possibilité.  De plus, c'était dans des rôles pas forcément marrants.  Y'avait par exemple Antigone.

 

JG: En tous cas c'est à 22 ans que vous entrez au cours Simon sous l'insistance de votre maman, ce qui est plutôt rare. Généralement les parents freinent un peu les rêves des comédiens en herbe.  Est-ce que cela voulait dire que votre entourage croyait plus en votre talent que vous-mêmes, vous aviez des doutes ?

 

GM: Oui absolument, surtout ma mère.  Moi, je faisais cela pour rigoler.  Mais au lieu de faire l'andouille gratuitement, elle m'a dit: "t'as qu'à en faire un métier"!

 

JG: Ce qui est sûr, c'est que vous n'allez pas tarder à profiter de cet apprentissage puisque dès que vous sortez de ces coursvous aurez l'occasion de jouer au théâtre ainsi que dans de petits films.  Quel est en définitive le meilleur souvenir que vous tirez de cette époque ?

 

GM: Oh, il y en a beaucoup.  Parce que c'était formidable de monter sur une scène même dans de petits rôles où il n'y avait que trois phrases à dire.  J'étais très ému et j'adorais ça.  Je ne me suis pas dit tout de suite: "ah, mais où est le grand rôle ?" comme beaucoup de jeunes comédiens aujourd'hui.  Moi je faisais où on me disais de faire.  J'étais très content, je faisais de la figuration et des petits rôles.  Je me souviens par exemple d'une figuration dans "La ligne de démarcation" qui était un feuilleton en noir et blanc.  Et dans ce film, je jouais un soldat allemand.  J'étais tellement content que j'avais dit à ma mère: " ce soir je suis dans l'épisode tu vas voir je passe dans le fond".  Le plan arrive et ma mère fait: "je t'ai pas vu!".  Je lui dit: "quoi tu m'as pas vu ?", et elle me dit: "oui, j'ai fermé les yeux à ce moment là".

 

JG: Puis de très grands souvenirs sans doute avec "le commissaire Moulin" ?

 

GM: Oh oui,  avec treize épisodes.  Je jouais aux échecs avec Yves entre les plans, on allait dans les très grands restaurants et c'est comme ça que j'ai connu George Blanc et la grande cuisine française.

 

JG: Ensuite vient la grande période du "Collaro show" avec de nouvelles rencontres.

 

GM: Oh ben oui, parce que c'était un peu une digression par rapport à ce que je voulais faire.  A vrai dire on jouait un peu la comédie mais surtout on déconnait beaucoup.  C'était passionnant.  Moi j'ai adoré par exemple avant le "Collaro show" de créer le premier feuilleton politico-radiophonique de l'histoire de la radio qui était "Tous les chemins mènent au rhum".  Avec des imitations d'hommes politiques.  C'était une fiction rigolote avec des chansonniers.  Au début Collaro n'en voulait pas et puis force lui a été de comprendre qu'il fallait absolument le faire.  Il trouvait que c'était de la vieille radio.  On a fait 196 épisodes et ça fait un triomphe.  Il s'est retrouvé en première page de l'Express et il était très content.  Tout cela lui a ouvert les portes de la télévision où il a réuni l'équipe du Splendid comme Martin Lamotte, Philippe Bruno, Magdane que j'ai fait venir et qui a décollé à ce moment là.  Après ça sont arrivés Roucas et d'autres et puis ça s'est lancé.

 

JG: Vient alors différentes expériences devant la caméra.

 

GM: Oui et avant ça il y a eu au Splendid "Tous aux abris" avec Smaïn, puis des films comme "Profs" en 1986 qui a bien marché et divers films tels que "Paulette", "Le retour des Charlots", etc.   J'en passe et des moins bien (rires).  Mais ceci dit, il faut tourner car on ne sait pas ce que va faire un film.  S'il va faire un tabac on non.  Et puis, moi, je trouve qu'il ne faut pas faire cela pour le succès.  Il faut le faire pour travailler d'abord et puis ensuite si ça marche tant mieux.

 

JG: Vous voulez dire que vous faites cela de manière un peu égoïste.  Je veux dire vous faites cela essentiellement pour vous ou pour les autres ?

 

GM: Je le fais pour les deux.  Je prends autant de plaisir que j'en donne.  Il le faut, car si on a pas ça, ce n'est pas intéressant.

 

JG: On en arrive alors à une belle histoire d'amitié et à une émission culte, j'ai nommé Philippe Bouvard et "les grosses têtes".

 

GM: Oui, je commence en 1988 – 1989

 

JG: Vous ne tardez pas d'ailleurs à en devenir l'un des piliers avec vos histoires drôles.  Qui bien qu'elles vous rendent célèbre vous collent néanmoins un style au visage. 

 

GM: C'est une belle période de ma vie et j'ai appris beaucoup de choses avec les histoires drôles.  Et cette époque a été formidable.  D'abord parce que Philippe est un homme que j'adore, que je respecte et qu'en plus, il m'a apporté et appris énormément.  Il est pour moi un très grand animateur de télévision et de radio car il ne parle pas beaucoup.  Je veux dire qu'il parle utilement et qu'il met les gens en valeur.  Et il est très rare dans ce cas là, il n'y en a plus beaucoup.  Aujourd'hui on a juste des animateurs vedettes.

 

JG: Vient alors votre sacro sainte période, celle de vos one man show. 

 

Mon premier spectacle c'était à Bobino, en 1991, parce que Philippe voulait que je fasse un show.  J'ai très rapidement compris qu'il fallait faire des histoires drôles.  Donc j'ai commencé à écrire vraiment les histoires drôles puisque à la radio je les lisais, comme ça,  rapidement.  Non, là j'ai vraiment fait un spectacle écrit qui a été mis en scène.  Et puis c'est parti comme ça jusqu'en 2001 avec "l'Adieu aux blagues".

 

JG: Justement, là on peut sentir que vous avez tout doucement envie de couper avec les histoires drôles et peut-être avec ce style de raconteur de blagues qui vous collait un peu.  Vous en étiez un peu agacé parfois ?

 

GM: Non pas du tout car je le revendique:j'étais complètement raconteur d'histoires drôles.  Mais j'étais comédien avant tout, ça c'est la définition que je donne.  Mais pour le public, c'est vrai, j'étais raconteur de blagues.  Comme disait Philippe, il m'appelait le pape de l'histoire drôle.  J'ai toujours trouvé ça énorme.  Mais il le disait en rigolant et c'était très marrant.  Ainsi, l'histoire drôle est un style et ce n'est pas facile.  La mise en scène et le travail étaient pointus et d'une grande rigueur.  Et puis j'ai monté moi-même mes tournées en France, je les ai produites et je me suis fait mon vrai public comme ça.  Et j'ai remarqué que c'est un public fidèle qui revient, que ce soit un spectacle ou une pièce de théâtre.  Ils se disent: "Montagné, il me fait marrer, je viens".  Et c'est vraiment formidable. 

 

JG: En tout cas "l'Adieu aux blagues" vient à la suite du succès du film "Sous les pavés, la plage".  N'est-ce comme même pas le moment où vous vous dites: " je veux aussi prouver que je ne suis pas qu'un raconteur de blagues" ou était-ce tout simplement pour passer à autre chose ?

 

GM: Oui, c'est plutôt ça, j'avais fait le tour des histoires drôles.  C'est-à-dire que je n'ai pas un besoin de reconnaissance.  Le public est là, certains journalistes aussi, ça me suffit et j'en suis très heureux.  Maintenant, il y a des professionnels qui ne me trouvent pas à leur goût et je m'en tape complètement étant donné que les salles sont pleines.  Moi, mon Molière à moi, c'est ça.

 

JG: Cette page étant tournée, est-ce que sommeille quand même en vous l'envie de faire de très grands films pour le cinéma par exemple.  En clair, gravir les échelons d'un grand comédien que ce soit dramatique ou comique ?

 

GM: Pas forcément.  Moi j'aime les choses drôles, j'aime ce qui fait rire les gens.  Je pense qu'il n'y a pas de catégorie film comique ou film pas comique.  Je pense qu'il peut y avoir des comédies dans lesquels il y a de la poésie, de la tendresse, de la sensibilité et des larmes.  Dans les comédies italiennes on passe de l'un à l'autre, les Anglais savent aussi très bien faire ça.  Nous, en France, on a un peu de mal parce que dès qu'on essaye de faire quelque chose qui sort de l'ordinaire, immédiatement il y a les journalistes, à qui il manque une case, qui disent que si le film n'est pas dans une catégorie, il n'est pas bon.  Ainsi, je ne m'occupe pas d'eux.  Moi la seule chose dont je m'occupe c'est l'amour du public.  Ceci dit, je ferai certainement du cinéma que j'écrirai, que je jouerai, que je produirais et que je tournerais moi-même.  Et dans ce film tout sera probablement mélangé: le rire, la poésie, les larmes, etc.

 

JG: Cela nous amène à aujourd'hui où après "Une petite dernière pour la route" - édité par TF1 et produit par votre société -  on en arrive à "un homme parfait" que vous venez de jouer à la Michodière. 

 

GM: Oui, "Une petite dernière pour la route" c'est d'abord un rappel des histoires drôles, mais c'est surtout une charnière, un sas entre les histoires drôles pures et dures et le cinéma.  Etant donné que la charnière entre les histoires drôles et le théâtre je l'avais fait dans "l'Adieu aux blagues".  Mais ici, il y a 15 comédiens, j'interprète 27 rôles, et c'est en décor naturel.  C'est donc une pure fiction qui dure 1 heure.  C'est un film mais avec des histoires drôles à l'intérieur. 

 

JG: Et donc voici "Un homme parfait", un spectacle dans lequel vous nous avez bluffé, vous ne vous arrêtez pas à la dépense physique et vous en arrivez même à vous travestir.  Ainsi, le spectacle, votre jeu de scène et la scénographie sont excellents.  Qu'aimeriez vous en dire de plus ?

 

GM: Merci, c'est très gentil.  C'est vrai que ce spectacle est un très grand plaisir.  Dès que  j'ai découvert cette pièce de Jean-Marc Thibault j'ai acheté les droits tout de suite.  On a retravaillé l'écriture lui et moi parce qu'il le fallait comme toujours.  Et là, c'est un grand bonheur parce que moi je pensais que ça marcherait, mais je pensais pas que ça marcherait aussi bien.

 

JG: On en arrive ainsi à la fin de cette première partie d'interview en vous demandant si vous ne pouvez pas nous dévoiler un petit scoop sur ce que sera le Guy Montagné d'ici un ou deux ans.

 

GM: Je ne sais pas encore.  Je vais continuer dans le théâtre parce que le rapport avec le public est formidable.  Je vais commencer à écrire une nouvelle pièce avec un jeune homme qui s'appelle Guillaume Lefort.  Et je pense que ce sera encore une pièce un peu musicale, un peu comme "Un homme parfait".  On y retrouvera un peu tous les styles: la danse, le chant, la comédie.  Je crois que l'on est dans une période où les gens ont envie d'aller voir des spectacles complets.  J'adore créer de nouvelles choses et surprendre le public.

 

JG: Vous en voulez toujours plus ?  Guy Montagné est toujours là dans la deuxième partie de cette interview dans laquelle l'humoriste répond à Nos questions types.

 

 

© Aubonsketch

 

 

 

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