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Cette
interview 100 % exclusive est réalisée par Jonathan
Godts le 01 Novembre 2001 à l'occasion de la sortie de sa
première vidéo et DVD: "Magdane show"
Jonathan
Godts : La première question concernera les autres humoristes par rapport
à vous. Aussi quel est ou quels sont les humoristes que vous appréciez
le plus que ce soit dans la vie (caractère/humanisme) ou sur scène au niveau
du talent ?
Roland
Magdane: Alors d'abord je vais dire tout à fait honnêtement; je les apprécie
tous. Car monter sur une scène tout seul en se disant: "eh bien voilà,
pendant une heure, il va falloir que je fasse marrer les gens"; je sais que
c'est la chose la plus difficile à faire. Je dois dire que moi
personnellement dans la vie je suis très copain avec Jean-Marie Bigard que je
trouve extraordinaire. Humainement, c'est un mec qui est marrant. Je
dois dire que sur scène, je suis hyper sensible à Gad Elmaleh. Je trouve
que lui parmi sa génération, c'est vraiment celui qui va mettre tout le monde
d'accord. Il a tout. Il a la qualité d'écriture, il a la magie sur
scène... et puis à part ça, j'aime aussi ceux qui sont des personnalités
comme ça brut; genre Jamel. Lui a une nature extraordinaire. Mais
peut-être que ça demandera plus de travail au niveau des textes. Parce
que là, pour l'instant il utilise plus sa nature et son public qui
l'adore. Ses textes ne sont peut-être pas encore assez travaillés mais
je suppose qu'il est pas con; j'en suis même sûr. Donc il va les
travailler, les textes. Et à mon avis, si il les travaille, il passera
les années. Mais je mets Gad Elmaleh en tête.
JG:
Si on vous donnait l'opportunité de faire un duo avec un humoriste, qui
choisiriez- vous ?
RM:
Oh euh, Gad Elmaleh.
JG:
Si je vous demande maintenant de vous décrire en seulement trois mots, quels
seraient-ils ?
RM:
je dirais... je vais commencer par le mauvais: têtu à mort. C'est-à-dire
que moi, si le mec me jette par une porte, je repasse par la fenêtre.
Mais il faut être comme ça dans ce métier.
Humain,
je respecte tout le monde. Mais tout à fait sincèrement, ce n'est pas
pour faire le mariole. Peu importe la condition sociale de la personne en
face de moi, je respecte vraiment sincèrement tout le monde.
Et
puis, je dirais la conscience professionnelle. Parce que si demain, je
devais partir en tournée avec un spectacle que je sentirais pas très bon, je
serais capable d'annuler la tournée en disant: "c'est pas la peine, on va
retravailler et puis on repartira en tournée".
JG:
Sinon, moi j'avais envie de faire rimer Roland avec marrant, émouvant et
convaincant
RM:
Oui, oui, c'est bien: Marrant oui, oui, c'est pas mal. Émouvant c'est sûr;
mais ça c'est pas moi qui peux le dire, c'est vous. et convaincant oui,
bravo.
JG:
Si Roland Magdane n'était pas humoriste, que serait-il actuellement ?
RM:
Je serais soit peintre ou sculpteur; parce que toute ma vie j'ai été sensible
à la peinture et à la sculpture. Ou alors je serais Mère Thérèsa.
ça paraît curieux, mais... père Thérèsa, je serais le père Thérèsa.
Il y a eu le père Noël et la mère Noël, donc ...
JG:
vous êtes un humaniste en fait
RM:
Oui, ce sont des gens qui ont eu une vraie vie. Ca, ce sont de grandes
stars.
JG:
si c’est un pseudo. Pourquoi
avoir choisi celui-ci ?
RM:
C'est pas un pseudo, c'est un nom qui a été francisé. Car je suis
d'origine polonaise. Mais quand le nom a été francisé, c'est devenu
Magdane. Et c'est vrai que ce nom on a l'impression qu'on l'a inventé,
mais non. ça sonne bien.
JG:
Quel a été votre meilleur coup de poker dans votre carrière ?
RM:
Mon meilleur coup de poker c'est vraisemblablement les États-Unis
JG:
En vous retournant sur la carrière que vous avez accomplie, avez-vous déjà un
regret ?
RM:
C'est que ça va trop vite. J'ai toujours l'impression que j'ai dix ans de
carrière, mais c'est malheureusement beaucoup plus que cela. J'aurai pas
le temps de faire tout ce que j'ai envie.
JG:
Trop de chose en tête. Ce serait quoi la principale d'entre elle ?
RM:
Trop de choses en tête. Écrire des scénarios, écrire des films.
Tourner. Mais bon tout cela, ce sera dans une autre vie.
JG:
Et votre plus beau rêve, ce serait quoi ?
RM:
D'arriver jusqu'à la fin de mes jours à maintenir un équilibre entre des rôles
dramatiques et du one-man-show. Et que Dieu me prête vie le plus
longtemps possible. Parce que ce que je trouve extraordinaire dans ce métier,
c'est qu'on peut monter sur scène jusqu'au bout.
JG:
Rester fidèle à vous-même en quelque sorte.
RM:
Oh oui, oui, oui
JG:
Si vous ne deviez délivrer qu'un seul message à l'ensemble de votre public, ce
serait lequel ?
RM:
La tolérance. Je trouve que c'est ce qui est quand même dans le monde
actuel primordial. Mais je pense que sur les jeunes ça vient assez bien
la tolérance. Je pense que la nouvelle génération qui vient sera peut-être
moins stupide. Du moins, on peut toujours l'espérer. Quand on voit
ce qui se passe en ce moment; stop, il faut arrêter tout ça quoi.
JG:
Je vous propose maintenant de fermer les yeux et de vous imaginer dans 20 ans.
Que voyez vous: la scène, le repos du guerrier ?
RM:
Ah dans 20 ans, oh non, non... dans 20 ans toujours la scène. Sur une
chaise roulante, si il le faut...
JG:
Même en rampant s'il le faut mais sur les planches !!!
RM:
[rigolant] En rampant... ben oui. C'est plus difficile pour les chanteurs.
Quand on voit Aznavour, ce n'est pas un jeunot; mais il continue parce que je
pense qu'on pourrait pas faire autre chose. Moi je serais malheureux comme
les pierres si je devais arrêter. Je suis comme tout le monde, j'aime
bien être en vacances. Puis à un moment donné, ça y est, ça redémarre
quoi.
JG:
Si je vous propose de vous poser une question à vous-même et de vous répondre
que me diriez-vous ?
RM:
[il rigole] Oh oui, là dites donc la question... la question que je me
poserais à moi-même...
Est-ce
que t'es sûr que t'as pas dit des conneries dans cette interview... hahaha
Et
la réponse: Non
JG:
Je vous donne à présent l'occasion de vous défouler un peu. Quel serait votre
plus gros coup de gueule/blues/déception ?
RM:
Eh bien dans mon métier, c'est un gros coup de gueule après les gros médias.
J'entends gros médias, les télévisions, les choses comme ça. Encore
une fois j'aimerais pas que les gens prennent ça pour ... Je ne fais plus
de télévision; c'est moi qui le veux, c'est pas la télévision, c'est moi.
Mais le gros problème à la télévision, c'est que tout à fait honnêtement
on pourrait imaginer demain un Brassens, un Jonas, un mec qui a 20 ans et puis
qui a les chansons de Jonas, et bien il n'arriverait même pas à percer.
Je veux dire les médias en ce moment, c'est épouvantable. Je sais pas
pourquoi. Le but de ces gens-là ? Ils devraient réserver au moins
20 % d'antenne à sortir des jeunes souvent. Je vois des trucs à la télévision
et je me dis: " Putain, mais c'est pas possible. Ils peuvent pas ...
y'a pas à la place de cette connerie ne serait-ce que 20 % du temps du loft par
exemple? On parle de la six. J'ai rien contre le loft hein. Je m'en
fous complètement, je m'en tape. Mais ce que je voudrais, c'est qu'on
donne, parallèlement au loft, 20 % du temps d'Antenne du loft - 20 % c'est pas
beaucoup - à des jeunes mecs qui sont de jeunes cinéastes, qui sont des écrivains.
Jeunes ou vieux d'ailleurs. Des mecs qui font de la chanson, des mecs qui
font du spectacle. Mais là, les médias n'en parlent pas, c'est épouvantable.
C'est-à-dire que là, les artistes, on devient des pestiférés. Et les
seuls mecs dont on entend parler, ce sont des mecs qui n’ont rien à dire.
Moi je veux bien qu'on en parle. Je ne demande même pas l'équilibre, je
veux juste qu'on me fasse 20 %.
On
va aller même dans des problèmes un petit peu politique, quand on parle des
beurres, des Arabes, des machins, des trucs... On peut pas montrer parallèlement
à ça qu'il y a des Arabes qui écrivent des livres ? Y'a aussi des
arabes intelligents. Et ça malheureusement...
Et
encore gros coup de gueule on continue...
JG:
Magdane se lâche.
RM:
Sur le jeunisme. En France, le mec au-delà de 40 ans, c'est fini quoi.
C'est pas ça aux États-Unis. Là-bas au contraire, c'est un mélange
entre des mecs qui ont 25 ans et des mecs qui en ont 50. Et c'est ça qui
est beau. Parce que si je fais moi demain un spectacle à mes 50 ans avec
un môme qui a 25 ans, on va forcément faire un truc carton. Parce qu'il
a sa spontanéité, et moi j'ai mon expérience. Et voilà, les médias
encore une fois, c'est toujours les mêmes. Donc ça c'est un vrai coup de
gueule car je sais qu'ils ne représentent pas la qualité, ce que demande le
public. Moi je rêverais d'avoir une chaîne de télévision. Voilà
un beau rêve: avoir une chaîne de télévision. J'y apparaîtrais
jamais, mais juste pour faire l'équilibre de ce que je souhaiterais voir à la
télévision.
JG:
Ca vous a permis de vous déchaîner en tout cas.
RM:
Whaow, je suis énervé à mort là. rire.
JG:
Et la tradition fait que j'achève une interview en vous demandant quelle
serait votre définition de l’humour.
RM:
Ohlala. La définition de l'humour, alors là, c'est très difficile parce
qu'il y en a tellement. L'humour c'est d'abord être observateur.
C'est regarder. Ensuite c'est transformer et c'est redonner.
JG:
C'est très bien dit. Et bien Roland Magdane un grand merci de nous avoir
consacré tout ce temps.
RM:
Mais merci à vous
JG:
Ce fut très intéressant et vos propos nous ont permis de mieux vous connaître.
La conclusion de cette interview:
RM:
Elle est très bonne. Ce fut très sympathique.
©
Aubonsketch
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