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Cette
interview 100 % exclusive est réalisée par Jonathan
Godts le 01 Novembre 2001 à l'occasion de la sortie de sa
première vidéo et DVD: "Magdane show"
Jonathan Godts :
Aujourd’hui, c’est un grand humoriste qui va remuer sa moustache grisonnante
pour répondre à nos différentes questions.
Aussi, c’est avec beaucoup d’intérêt que nous découvrons les
propos que Roland Magdane nous a confiés.
[pour
nous mettre dans l'ambiance nous écoutons une de ces anciennes chansons: la
fille qui vendait]
Aussi,
Roland Magdane, bonjour,
Roland
Magdane: bonjour, d'abord je voudrais vous dire que je suis très content
que vous ayez passé un disque de chanson de moi. Qui date de 25 ans quand
même et que je n'avais pas entendu depuis des années. Et finalement, il
faut se remettre dans le contexte, ça a 25 ans l'affaire. Ca n'a pas
tellement vieilli; donc j'étais assez content. Vous voyez, vous avez un
trésor là parce que même moi je ne l'ai plus ce disque-là.
JG:
En tout cas, Merci de bien vouloir renforcer votre présence dans ce merveilleux
univers des humoristes. Comment
allez-vous ?
RM:
Eh bien écoute je vais bien. Je suis dans le sud de la France. du
vent à décorner les boeufs, mais il fait beau.
JG:
Ah, et bien vous allez nous apporter un peu de soleil. Cela nous laisse présager
une interview au mieux de votre forme.
RM:
Voilà, exactement
JG :
Alors, nous allons nous intéresser à l'ensemble de votre carrière, du début
à la fin. Faisons un bref retour en arrière : pour beaucoup
d’humoristes, ce métier est une vocation qui débute déjà sur les bancs
d’école mais ça n'a pas été tout à fait votre cas je pense puisque
vous vous prédestiniez à quelque chose de totalement différent n'est-ce pas ?
RM:
Eh bien c'est-à-dire que c'était un peu mélangé. Je voulais en même
temps être médecin et en même temps j'avais un défaut de prononciation pour
vous dire la vérité. Ce qui m'a amené chez un orthophoniste qui donnait
des cours d'art dramatique. Et tout d'un coup, j'ai découvert, alors que
j'avais 12 ans, des mômes qui jouaient des pièces de théâtre. Et là
tout d'un coup, alors que j'utilisais mon petit défaut de prononciation pour
faire marrer les copains, quand j'ai vu ça, je me suis dit: "oh mais c'est
ça que je veux faire". Le problème, c'est qu’en 6 mois j'ai résolu
mon problème. J'avais la langue qui se coinçait un peu entre les dents
vous voyez. Ce qui était assez drôle d'ailleurs.
JG :
Vous avez utilisé votre désavantage à votre avantage en quelque sorte.
Aussi, c'est vraiment ce moment-là qui a été le déclic qui a provoqué ce
revirement de situation ?
RM:
Voilà, c'est exactement ça.
JG:
Car c'est quand même pas des domaines qui se ressemblent: médecin et
humoriste.
RM:
Non, mais là c'était évident. Car même môme, je faisais des
adaptations de romans en pièce de théâtre. C'était donc déjà mon
truc.
JG :
Ce revirement vous a conduit en tous cas directement au sein des cours Simon,
dont la réputation n'est plus à faire. Vous attendiez-vous déjà à ce
moment-là à devenir plus tard un humoriste ou est-ce que vous vous dirigiez
d’abord vers le métier d’acteur ?
RM:
Oui, là c'était plutôt la carrière d'acteur. J'avais oublié un petit
peu le fait que je voulais faire rire quand j'étais jeune. Parce que
finalement à 18 ans, on a envie de jouer des rôles un peu dramatiques et puis
comme moi, j'ai pas forcément un physique de comique au départ, il s'est s'avéré
que pendant un ou deux ans au cours Simon, j'ai fait que des rôles
dramatiques. Et tout un coup j'ai donné la réplique à une fille dans un
rôle comique, le hasard, ..
JG:
Et vous avez fait poiler tout le monde..
RM:
Et puis voilà, j'ai fait poiler tout le monde et là Simon m'a dit: "Je
crois qu'on s'est trompé, je pense que t'es un comique". Et là, ça
s'est mis en place.
JG :
Alors juste après ce cours, que considérez-vous comme étant votre
premier succès ?
RM:
Houlala. En sortant de cours, là ça était une période d'échec.
Il y en a eu pas mal. En sortant des cours, c'est une bataille terrible
parce qu'on joue de grandes pièces en cours, et finalement quand on est sur le
marché du travail, c'est un peu comme tout le monde, on te propose deux lignes.
Un mec qui rentre qui dit bonjour et puis qui s'en va. Et donc il faut
tout faire. J'ai eu la chance en revanche de faire une pièce de théâtre
qui s'appelait "quatre pièces sur jardin" où je jouait la doublure.
Alors la doublure, il faut que je vous explique ce que c'est. C'est un mec
qui joue quand les autres sont malades. Donc je venais au théâtre à
19h30, et quand tout le monde était là, je repartais. Donc il y a une
espèce de frustration terrible.
JG:
Ne me dites pas que vous avez inséré du poison dans le repas des comédiens
pour pouvoir jouer quand même.
RM:
Non, non, je n'en ai pas eu besoin. Au bout de huit, dix mois un mec tout
d'un coup est tombé malade. Mais c'est terrible, parce que tout d'un
coup, au dernier moment on te dit: " Oh le mec est malade, il faut y
aller". Mais il faut savoir que toi ça fait huit mois que t'as pas révisé
ton texte. Et là, tu montes sur scène et c'est la panique. Mais
bon, Dieu était avec moi ce soir-là. Les gens se sont marrés et ça
c'est bien passé.
JG:
C'est une des choses qui vous a fait connaître ?
RM:
Non, J'ai fait ça pendant un moment. Comme pour gagner ma vie, je jouais
de la guitare dans les bistrots, j'ai fait une comédie musicale inconnue qui
s'appelait: "j'ai confiance dans la justice de mon pays". Mais
inconnue au niveau du grand public, mais ça m'a permis de gagner ma vie pendant
plus d'un an parce qu'on est passé au festival d'Avignon.. C'était Alain
S., qui est un journaliste connu qui avait fait cette pièce et qui a après
travaillé beaucoup. Et donc grâce à cela, comme j'étais un chanteur
comédien, c'est comme ça que j'ai fais ce premier disque, qui était
"la fille qui vendait". Alors ça c'est drôle, pour les plus âgés
d'entre vous qui lisent cette interview. C'est que le mec qui m'a produit
à l'époque ... - bon autant vous dire qu'on a vendu trois disques, peut-être
quatre, mais vraiment- ... Et le mec, c'était l'ancien chanteur des chats
sauvages. C'est lui qui avait trouvé que j'étais bon chanteur, je le
remercie encore. Quand on se croise, on est mort de rire, parce que le
pauvre... on a vendu quatre disques. Et après, j'ai fait une autre comédie
musicale où là pareil, au départ j'avais un tout petit rôle, et puis il y a
"la vedette" qui est tombé malade, et moi je l'ai remplacée, et puis
ça c'est bien passé, là c'était un grand théâtre, il y avait du monde...
JG:
Vous avez pu vous faire repérer ainsi alors, de pièces en pièces.
RM:
Oui, Fugain m'a repéré comme ça. Et après, j'ai travaillé avec Michel
Fugain dans sa compagnie qui était juste après le big Bazard, pendant un an.
Après, j'en ai un peu ras-le-bol d'être sur scène pour des comédies
musicales : on est trente là-dessus. Par opposition, j'écris
un one-man-show que je joue dans un café théâtre. Et là, je dois dire
qu'il y a un succès immédiat. Et là, il y a Collaro qui passe, qui dit:
"tiens, je vais faire une émission de télévision, est-ce que vous voulez
participer avec moi". Et là, je fais l'émission, et tout s'enchaîne,
et je deviens "une vedette". C'est-à-dire que là d'un coup, on
se retrouve à faire des spectacle one-man-show où il y a 1000, 2000 on est allé
- ça paraît insensé - mais dans les années 80 on est allé jusqu'à 35000
personnes. C'était énorme. Mais il y en avait trois sur le marché:
il y avait Coluche, Leluron et moi.
JG :
Par la suite, une expérience également qui vous est totalement particulière,
c’est l’aventure que vous avez vécue aux États-Unis.
Une expérience qui n’est pas des moindres, puisque vous y avez passé
neuf ans. Qu’est-ce qui vous a
poussé à partir là-bas, alors que le succès vous souriait en France ?
RM:
Ben, c'est-à-dire que moi je suis un... Les gens disent toujours: "oh,
vous êtes courageux d'avoir fait ça...", C'est même pas ça, c'est-à-dire
que j'ai fait du one-man-show pendant cinq ans et puis il fallait que je change
mon personnage. Et quand je suis parti aux États-Unis, je ne suis pas
parti pour quitter la France. Je suis parti en me disant: "voilà je
vais partir pendant 6 mois, je vais un peu aller voir ce qui ce fait aux États-Unis,
ça va peut-être me donner des idées. Et puis en fait pendant trois mois
j'ai regardé un peu tout ce que faisaient les comiques aux États-Unis.
Dans les grandes salles, les petites salles, partout quoi... J'ai voyagé
vraiment partout. Et puis, au bout de trois mois, je me suis dit:
"tiens pourquoi je ne ferais pas un truc en anglais". Et j'ai
essayé.
JG:
Et vous avez traduit vos sketches en anglais, ou vous en avez écrit d'autres ?
RM:
Non j'en ai écrit d'autres, parce que là c'était évident que quand je
parlais dans les sketches français d'un facteur à bicyclette. Pour eux
c'était artificiel. Y'avais un coté franchouillard. Donc là, j'ai
vraiment écrit un spectacle en anglais. C'était vraiment le français
qui déboule aux États-Unis et qui dit: "tiens les indiens ne sont plus là".
JG :
Et vous avez pu vivre de ce métier de comédien ?
RM:
Alors les six-huit premiers mois, ça n'a pas vraiment été facile. Et
après c'est vrai que l'avantage d'avoir été "une star" en France,
ça m'a donné une connaissance du public extraordinaire. Et finalement,
le public qu'il soit belge, suisse, français, allemand, américain, ce ne
sont que des être humains qui sont les mêmes. C'est vrai que je savais
manier un public et donc c'est vrai que ça a marché tout de suite
aux États-Unis. Donc j'ai fait deux ans de one-man-show. Et puis,
après j'ai rencontré un agent qui m'a proposé de faire une série qui a été
traduite en France par "parie d'as". Enfin très spécial parce
qu'ils n'ont passé que quelques épisodes. Et pour la petite histoire ma
voix en français est doublée. Donc c'est pour ça qu'un jour dans le sud
de la France, un brave monsieur avec un bon accent méridional qui me disait:
"Oh putain, j'ai vu un film américain hier soir, y'avait un acteur y vous
ressemble drôlement".
JG :
Tout cela débouche sur une petite consécration quand même qui s'incarne par
un prix à Los Angeles. Pouvez-vous nous en parler ?
RM:
Je suis pas très très fier des prix en règle générale, mais celui là j'en
suis assez content. Parce que j'ai été élu meilleur comique étranger
aux États-Unis. Donc c'était un vrai plaisir pour moi parce que c'était
la consécration de travail de pas mal d'années. Et bon, l'Amérique,
c'est l'Amérique quand même. Il n'y a pas beaucoup de français.
J'étais le seul français sur le marché américain.
JG:
Donc la conclusion, c'est que vous avez quand même bien fait de partir là-bas,
aucun regret ?
RM:
Ah oui, aucun regret. C'est-à-dire que je suis parti pour me ressourcer
pendant 6 mois et je suis resté des années parce que simplement un
travail en a amené un autre. Mais bon, si je n'avais pas travaillé là-bas,
c'est sûr que je serais rentré. Il y a des autoroutes et de petites
routes de campagnes. Je crois qu'un artiste doit de temps en temps
sortir de l'autoroute et prendre les petites routes de campagne et rester autour
des campagnes, il y a des choses intéressantes.
JG :
Dans le même sens, neuf ans après, qu’est-ce qui vous a fait revenir en
France ?
RM:
Oh ben simplement, encore une fois il faut remettre cela dans le contexte.
Vous êtes dans un pays étranger, c'est pas votre langue maternelle. Et
c'est vrai qu'il y a des choses au bout de 9 ans qui manquent. C'est-à-dire
qu'à un moment donné il y a eu un croisement. C'était ou je restais là-bas
et j'allais mourir là-bas ou alors je rentrais en France alors qu'il était
encore temps. C'était pas évident, mais j'ai décidé de rentrer.
Entre-temps, il y avait eu beaucoup d'autres comiques: Palmade, Robin.
Mais j'ai tout de suite senti en partant en tournée que le public ne m'avais
pas oublié. Parce que je pense que c'est là où est ma grande richesse :
c'est le public. C'est-à-dire que c'est vrai que les médias sont
quelquefois un petit peu infidèles. Mais j'ai tellement marqué un public
à une époque qu'ils sont toujours restés là, et ils sont revenus me voir
spontanément 9, 10 ans après. Et là, il a fallu que je fasse un
spectacle, parce que je ne pouvais pas repartir avec mes anciens sketches:
"les organes" et des choses comme ça, parce que là les gens auraient
dit: "il ne s'est pas renouvelé". Donc je suis reparti avec un
nouveau spectacle complet.
JG:
Et cette fois-ci avez-vous traduit vos sketches anglais en français ?
RM:
Exactement, il y a des choses que je fais, qui sont même dans la cassette vidéo
qu'on a sortie, qui sont au départ des textes qui ont été écrits en anglais
curieusement. La feuille de salade dans le caddie, elle existe aussi aux
États-Unis, la roue qui couine aussi.
JG:
La conclusion c'est que où que vous soyez, le succès ne s'est jamais démenti.
Nous
connaissons également votre attachement au drame qui vous rattache à votre
formation de départ. Une passion
que le public a partagée avec vous grâce notamment au film : « une
sirène dans la nuit » assez remarquable, vous avez apparemment
convaincu tout le monde. Est-ce que
vous considérez ce film comme une consécration de votre talent dramatique ou
n’était-ce qu’un début à une longue série de drames ?
RM:
Il y avait avant des petits rôles dramatiques dans des films où je faisais des
rôles de moyennes importances. Celui-là, ça a été une aventure un
petit peu spéciale. C'est un belge qui avait écrit ce film. Lui même
ça faisait 6, 7 ans qu'il essayait de mettre ce film au point. Moi, en même
temps, je voulais prouver que je pouvais faire un rôle dramatique, donc c'était
le rôle idéal pour moi. Et c'était une belle aventure et pour lui et
pour moi parce que finalement on est parti comme des outsiders en disant:
"ouais, un pt'it film dramatique". Tu sais comme les français
ont tendances à dire de temps en temps: "ouais un pt'it film belge avec un
comique qui veut faire un rôle dramatique...". Et puis finalement ce
qui était extraordinaire, c'est que le film a été particulièrement bien réussi.
Que les journalistes ont tout de suite flashé sur le film quand ils ont vu la
cassette. Et c'est vrai que quand s'est passé au public, celui-ci a adoré
le film. Que ce soit en Belgique, En France, dans tous les pays
francophones. Et c'était un très bon film. C'est vrai que c'était
pas évident en tant que comique que les gens me fassent confiance pour un rôle
dramatique. Et d'un coup là le problème est réglé. "Oui,
Magdane peut faire un rôle dramatique, c'est sûr".
JG:
Une petite carte de visite.
RM:
Voilà. Donc pour moi c'était un début. Là, j'en ai un nouveau
qui va sortir d'ici décembre sur France 2. Qui est pareil. Qui est
un film dramatique dans lequel là, je ne joue pas avec une petite fille de 4
ans, mais je joue avec un adolescent qui a des problèmes. Et c'est
vraiment un très très beau film; je pense que les gens qui ont aimé "une
sirène dans la nuit" vont aimer celui-là qui s'appelle: "le regard
de l'autre".
JG:
D'accord. Parce que la prouesse quand même dans "une sirène dans la
nuit", c'est le monopole du téléphone, c'est assez incroyable.
RM:
Non mais c'est vrai que ce qui est extraordinaire dans ce film, c'est
vraiment les feux croisés entre le réalisateur et "l'acteur"; c'est
vrai que sur 90 minutes on oublie souvent qu'il y a quand même 75 minutes au téléphone.
Écoute, au début quand j'ai lu le film, je me suis dit: "c'est là que le
problème se posera peut être, si t'as une heure quart au téléphone, j'espère
que les gens vont pas s'emmerder". Et finalement, on est arrivé lui
et moi à faire quelque chose qui fait que les gens sont restés captivés.
JG :
Et pour ce film, vous avez quand même été nominé aux 7 d’or comme meilleur
acteur.
RM:
Oui, j'aurais aimé... Mais c'était comme un mauvais timing. C'est
dommage. Pas pour moi, tout à fait honnêtement, mais j'aurais aimé
sincèrement que toute l'équipe qui a participé à ce film ait un petit peu
les honneurs. Parce que moi je regarde la télévision. Je suis
comme tout le monde. C'était vraiment un bon film. Donc c'est un
petit peu dommage que ce soit passé à coté.
JG :
En tout cas, il est évident que pour un humoriste, vous avez parcouru un
chemin tout à fait inhabituel puisque vous parvenez non sans un certain talent
à passer de la scène humoristique au film dramatique.
Est-ce que cela demande un effort particulier, une longue préparation
… ?
RM:
C'est en fait pour moi un équilibre. Le film m'épuise complètement.
C'est-à-dire que c'est comme si on me suçait le sang avec une paille, c'est
une concentration terrible. Un mois de tournage, je sors de ce tournage,
je suis une loque. Heureusement, quand après un mois de tournage je peux
monter sur scène pour faire un one-man-show et vraiment me défouler,
c'est une sensation extraordinaire. Parce que le one-man-show, c'est la
liberté absolue tandis que le cinéma c'est le contrôle permanent. J'ai
fait un film avec Balasko et Jacques Villeret; bon c'est toujours une
concentration terrible. Tandis que le one-man-show à partir du moment où
on a les rails, on a les textes, là on peut se lâcher et c'est comme un enfant
qui sort d'une cour de récréation.
JG :
Quel est le film dans lequel vous auriez aimé joué si vous en aviez eu
l’occasion ?
RM:
Un film américain qui s'appelle "l'épouvantail", qui a eu d'ailleurs
un prix à Cannes. Qu'on trouve nulle part j'en suis désespéré; qui
passe de temps en temps à la télévision. Avec Gene Hackman. C'est le rôle
de deux clodos qui font du stop. Ils se détestent et finissent par
être forcés de travailler à deux.
JG :
Quelle est en définitive la veste que vous préférez revêtir, celle
d’humoriste ou celle d’acteur de drame ?
RM:
Je ne pourrais pas choisir. Mais si vraiment je devais choisir, je crois
que je choisirais la scène quand même. Parce que c'est ce qui m'a apporté
le plus de satisfaction. Mais en même temps, oh c'est comme un pâtissier
qui ferait que des croissants. Tu vois, à un moment donné t'as envie de
faire des brioches.
JG :
En tant qu’humoriste, vous avez eu plusieurs styles: il y a eu un avant
et un après Magdane qui correspond à votre voyage aux États-Unis;
comment définiriez-vous votre style présent ?
RM:
Eh bien, disons qu'avant j'étais caché derrière un personnage, un personnage
naïf. Et que par celui-ci, les gens ont pu croire à un moment donné que
j'étais peut-être moi-même naïf. C'est comme quand on joue un méchant
à la télévision, les gens envoient des lettres d'injures. Et à la fin
du spectacle, on pouvait pas vraiment savoir qui j'étais. Or, maintenant,
ce n’est plus un personnage, c'est moi Roland Magdane qui arrive sur scène et
puis qui dis un petit peu au gens ce que je pense de la vie; et il s'avère que
les gens se marrent parce que ce que je pense de la vie, c'est un peu ce qu'ils
pensent aussi.
JG:
Et qu'est-ce qu'il est devenu en fait ce fameux costume blanc d'antan ?
RM:
Eh bien, il est toujours là.
JG:
Dans l'armoire ?
RM:
[il rigole], oui, il est dans l'armoire
JG:
Vous arrivez encore à le mettre ?
RM:
Vous voulez la vérité: non absolument plus. Mais je sais qu'il y a un
musée du rire à Montréal, et je pense qu'on va leur donner.
JG:
D'ailleurs le Québec vous y allez souvent, le festival "Juste pour
rire"
RM:
Oui beaucoup, le festival "Juste Pour Rire", j'ai même fait le
festival américain là-bas. Et c'était amusant parce que quand j'étais
aux États-Unis j'allais de temps en temps jouer à Montréal. Ce qui représentait
pour moi un avantage considérable. C'est-à-dire que je faisais quinze
jours de spectacles en français et quinze jours de en anglais. Ce qui me
permettait de me replonger dans ma langue maternelle avec mes conneries.
JG :
On remarque aussi que la chanson est très importante pour vous, ce qui vous a
également valu quelques succès. Est-ce
un rêve de gosse, une vocation de départ, une demande … ?
RM:
Curieusement, en chanson je peux faire des choses que je ne peux pas écrire en
sketches. Quand j'ai des textes qui ne sont pas forcément drôles, je les
écris quand même et tous les 5, 6 ans je fais une sélection et je me dis:
"tiens finalement, ça vaudrait le coup de faire des chansons avec ça".
C'est pas vraiment un rêve de gosse. La chanson m'a permis de survivre à
une époque où la vie était un petit peu difficile pour moi. Et ce qui
est assez amusant, c'est que je m'aperçois que par exemple :"la fille qui
vendait" qui est une chanson qui a 25 ans et que en règle générale les
chansons qui ont 25 ans ont beaucoup vieilli. Et celle-là n'a pas
vieille. Comme tout ce que j'ai fait, je ne l'ai jamais fait en
fonction d'une mode. J'ai vraiment fait de la chanson comme un artisan, un
amoureux de la chanson et des textes. Et finalement on s'aperçoit que grâce
à cela, ça ne vieillit pas trop. J'ai sorti un album il y a
cinq ans qui s'appelle: "sans restriction", qui lui aussi n'a pas trop
vieilli. Alors, je suis surtout fier de cela. Il faut
savoir que la seule chanson qui a vraiment marché, c'est une chanson qui
s'appelait "pas le temps d'aller voir la mer". Mais en règle générale,
je sais que quand je sors un chanson, ce ne sera pas un succès phénoménal.
Mais je le fais pour mon plaisir quoi.
JG :
Est-ce important pour vous de parvenir, au sein d’un même
One-man-show, d’une part de faire rire et d’autre part d’apporter une
petite larme à l’œil de vos spectateurs ?
RM:
Depuis 80 où je fais du one-man-show, j'ai toujours fait ça dans mes
spectacles. Le premier Olympia que j'ai fait, ça s'appelait "120
minutes de rire et trois minutes de silence". Ca doit être au fond
de moi. C'est pour ça d'ailleurs que j'aime faire des rôle dramatiques
et en même temps être comique sur scène. C'est parce que je crois que
j'ai vraiment deux volets et que dans un one man show ce qui est intéressant,
c'est que c'est vrai que sur deux heures sur scène, on a le temps de faire des
choses différentes et que quand on a prouvé pendant 90 minutes qu'on peut
faire rire, c'est le privilège que j'ai de passer à quelque chose d'autre.
Et le public aime ça. Je termine mon troisième rappel à mon spectacle
qui est un texte qui termine de manière assez dramatique. Et les gens
sont debout à la fin, puisqu'ils saluent vraisemblablement le fait du texte;
mais plus que ça. Généralement un comique termine à fond la patate sur
la rigolade; moi je termine sur autre chose, c'est un choix que j'ai fait, et le
public suit.
JG:
C'est important pour vous alors ces moments privilégiés avec le public.
Cela vous rapproche peut-être un peu d'eux ?
RM:
Oh oui, c'est primordial. Parce qu'on est comme tout le monde. Pour
les gens d'extérieur, on a que des réussites. On a aussi des échecs,
j'en ai aussi. Récemment, un film que je voulais faire, ce n'est pas moi
qui ai été choisi. Donc on a comme tout le monde des périodes où on se
dit: "merde". Mais le soir, quand j'ai le public en face de
moi… Quand vous avez 1000 personnes qui sont debout à la fin; et puis
1000 personnes qui se marrent pendant deux heures, c'est une satisfaction,
et c'est quelque chose d'incommensurable. C'est l'aboutissement de plein
de choses; car un spectacle comique, c'est très long à écrire aussi, donc
c'est beaucoup de batailles, et que lorsque ça fait rire et bien on est content
quoi.
JG:
[en pleurant]En tout cas, c'est quand même étonnant de voir que durant ces
trois minutes vous arrivez parfois quand même à faire chialer la salle
quoi
RM:
[il rigole] Ah oui, c'est vrai ! ... oui c'est vrai.
JG :
Sinon, quels sont pour le futur les grands projets que vous pensez
effectuer. Il y a bien entendu déjà cette cassette: "Magdane
show"; qu'est-ce qu'on peut y retrouver ?
RM:
Alors pour la petite histoire, je n'ai jamais sorti de cassette vidéo.
C'est la toute première. J'y ai donc apporté un soin particulier.
C'est-à-dire que c'est pas genre:"allez on fait une cassette de plus"
C'est vraiment le meilleur des cinq dernières années en sketches. C'est-à-dire
que c'est un point d'or en disant: "voilà, ça c'est fini".
Mais de la même manière je m'étais dis: "cette cassette vidéo, je veux
que ma fille qui a 11 ans maintenant, quand elle aura 25 ans et qu'elle regarde
ça, ou que moi dans 15 ans je regarde ça je me dise: "ouais, c'était
bien". Donc, je n'ai pas mis de merde. Et c'est un point final
au cinq dernières années.
JG:
On aura également l'occasion de l'avoir en DVD aussi.
RM:
Oui, il y aura un DVD. Et ce qui est intéressant sur la sortie en France,
c'est que c'est distribué par TF1 et qu'on a mis gratuitement avec la vidéo ou
le DVD un cd audio en plus. Et dans le DVD, il y a un bonus avec Raphaël
Mezrahi qui est assez marrant.
JG:
Il vous fait une interview bidon
RM:
Non, on l'a transformé. C'est-à-dire que je me fais interviewer chez
moi; et toutes les cinq minutes, il y a un mec qui sonne chez moi.
Genre un représentant de commerce qui veut me vendre des trucs insensés, et
c'est Raphaël Mezrahi. Tout à fait honnêtement, c'est très très
marrant.
JG:
Sinon pour le reste, que prévoyez-vous ?
RM:
En ce moment, je suis en période d'écriture. A partir de janvier, on va
commencer à tourner pour rôder le nouveau spectacle. On a en prévision
une série. Là, vous avez du scoop.
JG:
Mais allez-y, allez-y.
RM:
[il rigole]: On a une série pour France 2, avec monsieur Pierre G.. Alors
pour ceux qui ne connaissent pas ce producteur. C'est le monsieur qui a créé
"Navaro", il a créé "l'instit" et il a créé "quai
numéro un".
JG:
Et vous auriez le rôle principal ?
RM:
Oui, j'aurais le rôle principal. Me demandez pas ce que ça va être
parce que c'est un secret de fabrication. Tout ce que je peux dire; c'est
que ce ne sera pas un flic, mais que j'attendais cette série-là depuis
longtemps et que ce monsieur a eu une idée formidable. Et on doit tourner
cela au printemps.
JG:
Vous pouvez quand même dire si ce sera plutôt dramatique ou humoristique ?
RM:
Oh, ce sera plutôt, disons dramatique. Le personnage ne manquera peut-être
pas d'humour, mais ce sera quand même des sujets qui ne seront pas drôles.
JG:
Vous pouvez peut-être quand même dire qu'elle sera la profession du héros ?
RM:
Ah non, c'est ça que je peux pas vous dire...
JG:
J'aurais quand même essayé.
RM:
Oui vous avez essayé, c'est bien. Mais vous avez déjà un scoop car on
ne l'a annoncé nulle part. Parce qu'on va attendre. Je pense que
quand "le regard de l'autre" va sortir en décembre, on annoncera ça
de manière officielle. Le sujet est secret d'État. Mais avec un
monsieur comme ça, je peux vous assurer que c'est du bon.
JG:
Nous pouvons donc passer à la deuxième
partie de cette interview qui comme vous le savez est constituée de nos
questions types.
©
Aubonsketch
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