|
Cher Jean-Marie,
J'aime bien que Bigard bourre Bercy et se préoccupe de la jovialité de
ses concitoyens, mais j'aime moins découvrir le contenu véritable de son
slip. Surtout que la grosse moule que l'on découvre alors me
rappelle malgré moi cette cicatrice dont parle Laurent Baffie à votre
sujet : "C'est qqn de très humain qui a de grosses cicatrices" et c'est
d'un seul coup beaucoup moins rigolo.
Plus sérieusement tout cela ne me gênait pas trop, jusqu'à ce que je
retrouve un boulot et que je reprenne donc métro et RER deux fois par
jour, ce qui me donne l'occasion de me prendre l'affiche en pleine poire
au moins 20 fois par jour. A force, c'est de moins en moins marrant.
Surtout que vue rapidement, cette affiche fonctionne comme un trompe
l'oeil, et pendant un instant on voit bel et bien une forme humaine
complètement nue, horriblement dotée d'un sexe difforme et
disproportionné... (c'est le but, non?) là, c'est pas cool pour les
enfants et les âmes sensibles. Je m'étonne qu'un homme comme vous, que
l'on dit sensible, justement, (ce n'est pas parce qu'on dit "bite-cul-poil"
qu'on n'est pas sensible), n'ait pas évité cela.
Vous êtes un humoriste... vous jouez donc avec la connivence de vos
spectateurs, leur capacité à jouer sur les mots, à percevoir les
double-sens. On comprend bien qu'ainsi déguisé vous parodiez la femme
dans toute sa splendeur ;-) une furie échevelée avec une grosse moule.
Là aussi, je rirais de bon coeur, mais le trompe l'¦il est un peu trop
convaincant, et le titre du spectacle fonctionne comme un vrai/faux
lapsus: "des hommes et... les femmes, ces animaux à la grosse moule!".
Le second degré n'est pas
très second, ça frise le sexisme.
Enfin, tout cela vous fait peut-être bien rire, mais on ne peut pas rire
de tout, ou plutôt si, on peut rire de tout, mais, comme disait
Desproges, pas avec n'importe qui. Cette affiche pour votre prochain
spectacle impose à la vue de tous, hommes, femmes et enfants (et
animaux, ne les oublions pas ;-) un humour qui est peu partagé pour ne
pas dire douteux, et la vue d'une image qui ne me fait pas rire mais
grincer des dents. Soyez gentil: laissez-moi le choix de la voir ou pas,
en la retirant des murs et en la
réservant à une publication moins ostentatoire.
N'attendez pas que des mères indignées, des vierges outragées, des
féministes écoeurées ou encore des bonnes soeurs indignées ne se liguent
pour vous demander le retrait de l'affiche, les unes pour préserver
leurs enfants, les autres leur image, et les dernières leur dignité, ça
vous ferait une trop mauvaise pub. Prenez les devants et collez vite un
nez rouge sur ce sexe, cette cicatrice, cette moule, cette féminité,
cette
sensibilité, ce je-ne-sais-quoi... et on fera "Ha-ha, sacré Bigard! il
nous a encore bien eu!"
Romy
Duhem-Verdière
http://romy.duhemverdiere.free.fr
|