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Cette
interview 100 % exclusive est réalisée par Jonathan
Godts le 15 Juillet 2001 au St-Malo de Montréal dans le cadre du
"festival Juste Pour Rire 2001"
Jonathan
Godts : Toujours dans le cadre du festival "juste pour rire", on
ne pouvait participer à cet événement sans proposer à Jean-Marc Parent de répondre
aux questions "d'Aubonsketch". Aussi Jean-Marc, bonjour, merci
d'être présent aujourd'hui; j'espère que tout va bien.
Jean-Marc
Parent: ça va très bien.
JG:
Il est de mon devoir pour commencer de vous laisser vous présenter au monde
européen; aussi qui êtes-vous concrètement monsieur Parent:
JMP:
Ecoutez, je veux justement aller dans votre monde européen bientôt. Je
suis un humoriste. Un humoriste Rock n' roll. C'est-à-dire que l'on
fait de grosses, grosses salles. Equivalentes de Bercy chez vous.
Des salles de 15.000 à 20.000 personnes. Donc on a fait ça ici au Québec
à plusieurs reprises: une quinzaine de fois avec des shows d'un déploiement
technique identique que des spectacles comme Phil Collins ou des artistes
comme ça. Mêmes déploiements de lumières, de sons et tout; mais ça
reste un show d'humour de très grande envergure avec un côté très rock n'
roll.
JG: Une
grande notoriété québécoise en tous cas.
JMP: Oui,
oui; c'est sûr. On fait beaucoup de records si tu veux.
JG:
D'accord; alors afin d'apaiser un peu la curiosité des internautes,
pouvez-vous nous expliquer comment vous vous êtes glissé dans ce grand métier
de l'humour et comment les portes se sont ouvertes pour vous ?
JMP:
J'avais commencé par un numéro qui avait été très controversé. Je
faisais un personnage paralytique cérébral en fauteuil roulant. Avec la
gestuelle et tout. Et je racontais une journée de sa vie. La
difficulté qu'il pouvait avoir dans notre société qui n'est pas pensée pour
eux. C'est-à-dire des rampes d'accès pour les fauteuils roulants.
Et quand il arrive au bout de la rampe d'accès, la porte s'ouvre vers lui et il
retombe en arrière. Ou tous les préjugés que les gens peuvent avoir
face à ces gens-là.
JG: Une
certaine dénonciation en quelque sorte.
JMP:
Oui. Et c'est comme ça que ma carrière à commencé en 1988. Avec
ce numéro-là, j'avais gagné le grand concours de "juste pour rire".

JG: Ok,
par la suite si on retrace brièvement votre carrière, vous venez de le dire,
vous commencez essentiellement vos spectacles en 1988; ce qui vous conduit à
vos premiers festivals en 1995. En 1996, il y a la formation d'un groupe:
"Mercedes Band" dont vous vous êtes apparemment séparé aujourd'hui.
Avez-vous quelques explications là-dessus ?
JMP: Oui,
effectivement j'ai commencé en 1989 et ainsi de suite. Il y a eu 6 gros
spectacles. Ensuite, de ça, on est tombé dans les grands amphithéâtres.
Et après ça, dans des nuits d'improvisations ; j'ai fait deux ans de
tournées avec des spectacles de 8 heures. C'est-à-dire 8 heures sans
entractes devant 15 à 20.000 personnes. Et après ça, on est tombé en télévision;
ça s'appelait "l'heure JMP".
JG:
Avec le succès commercial de deux cd.
JMP: Oui,
on a vendu deux cd qui ont fonctionné très fort. Et on a révolutionné
un petit peu la télévision comme je le faisais avec la scène C'est-à-dire
qu'on défonçait les heures prescrites d'avance.
JG:
Il y a eu les annonces publicitaires aussi
JMP:
Les annonces, je les enlevais moi-même en direct à la télévision et on
faisait travailler tout le monde. Les directeurs de la chaîne. C'était
TQS. Je les appelais en direct à la télévision. Je les appelais
dans leur maison et je leur disais : "là, j'arrête pas. Je suis
censé finir à 21h00 et je vais continuer jusqu'à 21h30". Et ça
avait fait tout un tabac dans votre langage, c'était incroyable.
JG:
N'est-ce arrivé qu'une seule fois ?
JMP:
On l'a fait toutes les semaines. Et en plus; la folie était telle qu'après
l'émission de télévision, moi j'appelais et je disais: "louez-moi un
avion rapidement". Alors je prenais l'avion et je traversais tout Québec
pour rejoindre des fans et on refaisait un spectacle de 1h00 du matin jusqu'à
trois, quatre heure du matin; et on reprenait l'avion pour revenir jusqu'ici.
Donc, le spectacle se transportait dans les rues. Le dimanche soir, ici à
Montréal, on déplaçait 15.000 personnes sur le coin d'une rue dehors; on
montait sur le toit de l'autocars et on continuait le spectacle avec de la
musique debout sur le toit de l'autobus.
JG:
On peut dire que grâce à tout cela et de cette période que vous nous contez
vous êtes devenu tout doucement "le roi de l'improvisation" mais
aussi et surtout de l'innovation...
JMP:
Oui, effectivement on a pris beaucoup de place pour l'improvisation parce qu'en
même temps que "l'heure JMP" on faisait beaucoup de spectacles.
Parfois même après l'émission; à 21h30 je devais remplir le forum - c'est
comme Bercy chez vous - C'est que 20.000 personnes nous attendaient à l'intérieur
en regardant sur des écrans géants "l'heure JMP". Je leur
disais:"on s'en vient, dans une heure nous sommes là". Nous
prenions l'autobus pour nous y rendre et nous recommencions un spectacle de
10h00 du soir jusqu'à 03h00 du matin; avec 20.000 personnes et avec un gros
groupe de musique; c'était l'enfer.

JG: On
voit aussi que vous adorez créer des ambiances particulières dans vos
spectacles. Qu'il s'agisse d'un voyage à travers les Etats-Unis ou encore
ce fameux spectacle à la chandelle. C'est un réel souci chez vous que de
créer ces ambiances.
JMP: Ce
sont des atmosphères. Pour la chandelle, les gens disaient à un moment
donné alors que je dérangeais déjà dans mon milieu; j'étais très
controversé. Pas par ce que je contais mais par ce que je faisais et j'étais.
Je crois que c'est pareil dans vos pays. Mais quelqu'un qui est différent dérange
et on n'aime pas de le voir là. On veut l'enlever. Donc à chaque
fois que je faisais quelque chose les gens disaient: "oui mais c'est
facile; il a de grosses sonos, il a beaucoup de musique, c'est facile de faire
8h00". D'accord, je vais faire autrement. Je vais y aller seul;
pas d'éclairage, pas de système de sons. Une chandelle. Et j'ai
fait une tournée de 40 villes avec une chandelle sur la scène. C'était
la tournée la plus payante. J'avais pas d'équipes technique, j'avais pas
de camions. J'avais une boîte de chandelles. Cela a marché super
fort, j'avais 5h00 à la chandelle.
JG:
Justement, on va enchaîner là-dessus. On a vu que la presse n'a pas
toujours été gentille à votre égard. Avez-vous compris pourquoi
maintenant ? Bien que vous nous l'ayez déjà expliqué un peu.
JMP
C'est juste ça. Moi je trouve que cela fait pitié. Je trouve cela
dommage que les jeunes se fassent du mal comme ça. C'est juste un petit
peu de jalousie. C'est ce qu'on se demande souvent au Québec.
Est-ce que c'est nous qui avons cette mentalité là des fois à l'occasion un
peu petite ? Ou est-ce partout à travers le monde ? Je
crois que oui. C'est avant tout humain. C'est quand on ne comprends
pas que c'est dérangeant. A un certain moment je me suis mis à lire
beaucoup de biographies. Ce qui nous rassure. D'ailleurs j'ai lu la
biographie de Jacques Brel. Il était considéré comme un moins que rien;
Mais un nul total. Et aujourd'hui essaie de faire dire à un journaliste
que Jacques Brel est nul. Impossible. Et pourtant si on lit sa
biographie, c'est incroyable. On a eu l'équivalent avec d'autres artistes
chez nous. Céline Dion a eu chez nous beaucoup de difficultés.
Rock Voisine aussi. Pas vraiment à cause de ce qu'ils contaient; mais à
cause du succès qui était dérangeant ; ça donne rien d'essayer de
trouver d'autres raisons. Il n'y en a pas vraiment.
JG:
Est-ce que je me trompe si je dis que deux maîtres-mots dans vos spectacles
seraient innover et proximité du public.
JMP: Oui,
effectivement ce sont deux mots qui reflètent assez bien l'ambiance qui peut se
passer dans mes spectacles. Je travaille beaucoup sur les bases communes
qu'ont les êtres humains. Que tu sois français, italien, japonais, on a
des bases qui sont similaires. Les peines, les joies, les tristesses,
l'anxiété; qu'on le veuille ou non; cela fait partie de l'être humain.
JG:
On a vu qu'outre les planches, vous avez également eu une expérience
radiophonique. Et là aussi, on voit que vous innovez pas mal: vous avez
pris votre véhicule et vous en avez fait un mini studio ultra équipé.
On peut dire que vous aimez les gadgets. Que ce soit sur scène avec vos
écrans géants ou la plate-forme qui sera présente pour votre record... vous
êtes un vrai fana des gadgets.
JMP:
Oui, j'aime ça. Surtout que ce n'est jamais nécessaire. Un
côté gadget va prendre sa force si on en n’a pas besoin. Ce qui est
important, c'est ce qu'on a à conter. Si tu en as besoin; cela ne passera
pas. parce qu'il n'y a pas de fond. Mais vu qu'on en n’a jamais
besoin- je l'ai prouvé avec la chandelle- c'est là que ça prend de l'ampleur,
c'est là que ça prend sa place car c'est comme la crème, c'est en haut.

JG:
On voit également que vous partagez votre passion pour la photo. La
preuve, c'est la publication d'un livre. Peut-être aussi deux mots là-dessus ?
JMP: t'es
vraiment bien informé. Oui, mon beau livre que j'aime beaucoup:
"perception". Et justement quand on va venir en Europe l'année
prochaine, on va essayer d'amener tout cela. Mais c'est pas la même
mentalité chez vous que chez nous. Chez nous, on est encore plus puritain
que chez vous. Les corps nus et tout. On a encore une éducation chrétienne
qui nous chatouille un petit peu. Mais il y a un petit côté hypocrite.
C'est que si je te montre une femme nue de dos; nous on est un petit peu dérangés.
Mais si je prends la même photo et que je rajoute une phrase. Que
"le savon est bon pour la peau", y'a plus de problème. C'est un
peu de l'hypocrisie. Il faut juste savoir pourquoi on regarde la photo.
Si on a une bonne raison autre que sexuelle, c'est correct. Mais on
regarde la même photo.
JG:
Alors vous avez également joué dans une série télévisée. C'était une
bonne expérience.
JMP: Oui.
cela a été difficile pour moi. Je ne me sens pas l'âme d'un comédien.
Même si je suis un maniaque de cinéma; je vais tout voir...
JG:
C'est un rôle de méchant en plus.
JMP:
Très méchant. Oh oui oui oui. J'abats des hélicoptères avec des
mitraillettes, oh oui oui oui. Je me bats avec tout le monde. Je
suis un vrai méchant.
JG:
Elle a déjà été diffusée ?
JMP: Non,
ce sera diffusé à l'automne qui vient ici.
JG:
Alors on enchaîne directement sur votre grand projet du moment. C'est-à-dire
à l'heure de ce "festival juste pour rire"; où l'on vous a donné
l'honneur de clôturer cette 19ème édition par un projet qui n'est pas des
moindres. Celui de tenir 24 heures sur les planches devant un public fiévreux.
C'est bien cela.
JMP: Oui,
je l'ai appelé "web 24" parce que ce sera 24 heures diffusées sur le
web. Donc les gens de chez vous peuvent par hasard tomber sur cette
adresse-là et pourront suivre 24 heures le spectacle.
JG:
http://www.jeanmarcparent.com
JMP: Oui,
c'est bien cela. Ils pourront suivre 24 heures le spectacles. C'est
le plus gros déploiement technique ici autour du Québec. De
grandes compagnies comme Bell ont effectué ce grand déploiement technique
incroyable. Les gens à la maison vont réaliser leur propre émission.
C'est-à-dire devant ton écran d'ordinateur, tu auras le choix entre 6 caméras.
Tu pourras te promener où tu veux et tu vas pouvoir chatter avec nous.
Parler en direct avec la salle. Donc les 1000 personnes dans la salle vont
voir les lettres apparaître sur les écrans de cinéma. Un gars d'Europe
peut nous écrire on va lui répondre.
JG:
Et même le public présent pourra participer, je pense.
JMP:
Oui, beaucoup, le public pourra participer à des jeux. Une personne
pourra jouer une petite course de voitures avec quelqu'un d'Europe
JG:
Et pour rajouter un peu de pression à ce spectacle sera présent également le
célèbre "livre des records"; en quoi consiste essentiellement
le record ? C'est juste le temps ou tout ce qui tourne autour ?
JMP:
Tout ce qui tourne autour. 24 heures, on le fait pas vraiment pour le
Guinness car les 8 heures étaient déjà un record. C'est plus pour tout
l'événement. Les 24 heures, les faire. Il y aura des invités
aussi. Tout cela va être particulier.
JG:
Alors 24 heures. Forcément on ne peut pas tout préparer. Quelle
sera donc la part d'improvisation par rapport à la préparation ? Et
quelle partie vous fait le plus peur ?
JMP: Ouf.
C'est le temps qui me fait peur. 8 heures je l'ai fait régulièrement;
c'est devenu comme un second souffle. Mais 24 heures.. d'après moi, je ne
sais pas; on doit tomber dans des moments de léthargie . C'est-à-dire le
soir, la nuit l'atmosphère se prête bien. Mais quand on va arriver le
lendemain aux alentours de 11h00 du matin, midi j'ai vraiment l'impression que
ça va être dur. L'atmosphère va être lourde. D'après moi, mais
je peux me tromper, cela va être vraiment difficile de rester là le
lendemain à midi. Et j'ai utilisé la nuit en 15 thèmes différents.
Je ne l'ai pas écrit. J'ai des thèmes. On va parler de santé
mentale, on va parler de tabagisme et de drogue, on va parler de croyance, on va
parler de cinéma, de temps. je n'ai pas pu prévoir un texte. Sauf
le spectacle dont on faisait allusion tantôt: "11.000 kilomètres"
qui est un spectacle de trois heures. Lui va être dans les 24 heures.
J'ai un répit de trois heures où je sais ce que je vais conter.
JG:
En définitif, à quelques jours de ce spectacle vous vous sentez en rassuré,
confiant, apeuré... ?
JMP: Ni
rassuré, ni confiant et apeuré. Oh oui, je serais bien prétentieux de
dire: "non, pas de problème". Au nom de toute l'équipe de
techniciens, des musiciens, il y en a 10. Il y'a une équipe d'infirmières,
de médecins. Toute l'équipe du festival "juste pour rire".
Tout le monde de près ou de loin fait un record. Je suis très anxieux;
mais en même temps, c'est ce qui fait l'excitation de ce projet.
JG:
Ok, aussi pour finir la première partie de cette interview, je vous demanderais
quels sont vos plus grands projets après ce festival "juste pour
rire".
JMP: L'écriture
de nouveaux spectacles. Le spectacle "11.000 kilomètres"
fait l'objet d'un film. Il y a des scénaristes qui sont en train de scénariser
le spectacle et qui devrait déboucher sur un tournage qui commencerait en avril
prochain. Un autre projet de télévision et l'Europe. On veut aller
toucher à l'Europe.
JG:
J'allais en parler, vous allez donc essayer. Cela pourrait être un plus
car personne ne propose ce genre de spectacle chez nous.
JMP:
Non, faut trouver une façon d'entrer. Je sais que c'est compliqué.
J'ai de bonnes entrées. Déjà avec "juste pour rire" pour des
bureaux là-bas. Mais on m'a déjà expliqué que c'était compliqué, que
c'était dur, que cela demandais de gros producteurs français qui croient en
toi. Que cela implique beaucoup plus d'argent qu'ici. Par contre, je
sais qu'il y a une petite communauté en Normandie qui écoute des cassettes de
"l'heure JMP". Et Jean-Marc Parent, ils connaissent ça, ils écoutent
ça. On envoie même des casquettes et des t-shirts. C'est bizarre,
c'est spécial.
JG: Nous allons donc passer à la
deuxième partie de cette interview
©
Aubonsketch
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