|
Pour en savoir plus
Un
grand merci à Eric Mie pour l'hommage
qu'il a voulu effectuer à
Patrick Font.
Ange et démon
Ange et démon
Difficile de résumer la vie et l'histoire de Patrick font. Il a tellement fait
de choses : chansons, sketches, pièces de théâtre, chroniques pour la radio...
Tellement fait de métiers : comédien pour le cinéma ("Le roi des Cons" et
"Paulette") et le théâtre, instituteur (à l'école publique puis dans ses propres
écoles), chansonnier, animateur, formateur (c'est
lui qui a lancé Jean-Jacques Péroni, l'auteur actuel de Laurent
Gerra), concepteur d'émissions de télé (notamment pour l'émission
Le Luron du Dimanche de et avec Thierry Le Luron)
et négre-parolier (toujours pour Le Luron et pour d'autres comiques qui le
pillent allègrement...).Il a même fait de la prison... c'est dire...
Mais il a surtout inventé un style, un ton nouveau pour le café-théâtre et
la chanson. Et ce, en même temps que Coluche et bien avant Renaud. Un ton
mordant, provocateur, libertaire, proche de l¹esprit d' "Hara-Kiri"
des années soixante mais sur la scène. Il a, par ce biais, influencé pas mal
de nos nouveaux humoristes. Christophe Alévèque, Laurence Boccolini, Didier
Porte, Laurent Violet ou des groupes comme les Wriggles, Lobo
& Mie, Les Épis Noirs et Blue-Jean-Society se réclament de lui.
Tout en étant très très dur avec ses contemporains, il est, aussi, l'auteur
de plus d'une centaine de chansons tendres et poétiques proches en qualité d'un Brassens,
d'une Anne Sylvestre ou d'un Félix Leclerc.
Mais commençons par le début:
On peut dire que tout est grâce à sa maman. Puisqu'elle lui
offre pour ses seize ans sa première guitare d'occasion. Le lendemain, il avait
déjà écrit sa première chanson "L'Age bête" qui annonçait la
couleur : "Si moi c'est l'âge bête, Bah, vous c'est l'âge con..."
Il passait ses journées d'ado à écouter ses maîtres en matière de chanson :
Brassens ( le détonateur de sa vocation), Roger Riffard, Guy Béart, Anne
Sylvestre, Patachou, Marie-José Neuville, Pierre destailles (le chansonnier
auteur de "Tout ça parce qu'au bois d'Chaville qu'il reprendra plus
tard) bref tous les bons auteurs des cabarets rive-gauche des années 50. Puis
il essayait d'en faire autant sur sa guitare. Il remporta même un premier prix
dans un concours opposant des chanteurs amateurs et organisé par la lessive OMO
!?... Les radios crochets étant à la mode à la fin des années 50, il tentait
sa chance à chaque fois. Sur l'un de ses plateaux il fit la connaissance de
Jean Bertola (chanteur connu et reconnu à cette époque et grand ami de
Brassens) qui l'encouragea sur cette voie en lui donnant quelques ficelles du métier.
Mais comme il faut bien vivre et que la chanson ne nourrit pas encore son homme,
Font devient instituteur en 1961. C'est une profession qu'il aime et qu'il défendra
au cours de toute sa carrière. C'est en tant qu'instituteur qu¹il enregistra
ses premiers disques : des chansons écrites pour les enfants et interprétées
par lui et sa classe sur le label Déva. Mais c'est en juillet 1966 qu'il
fit véritablement ses débuts de chansonnier en étant embauché au Caveau de
la République pour trois chansons et 20 francs par soirée. C'est dans ce
cabaret, véritable antre des chansonnier (ils sont tous passés par là...), qu'il
fera son apprentissage de la scène et qu'il créera son style unique "toujours
vulgaire, jamais grossier !...". Et cela tout en poursuivant
parallèlement sa carrière d'instit' jusqu'en Février 1968, année où il
traite un inspecteur de l'Éducation Nationale de "vieux con !".
Bah justement, pendant les événements, Font court d'un
cabaret à l'autre répandre ses bonnes paroles (Théâtre de Dix-Heures, L¹Échelle
de Jacob, l'École Buissonnière, Chez ma cousine, le Caveau de la Bolée... ).
Il y rencontre Minou Drouet avec qui il chantera, se mariera puis
divorcera.
Il y rencontre, aussi, l'imitateur de droite Thierry Le Luron avec qui, étrangement,
il se lia d'amitié et dont il deviendra le parolier attitré et même plus...
mais bon...
Arrive enfin l'année 1970, année importante dans la vie de Font, celle de sa
rencontre avec Philippe Val. C'est le Coup de foudre artistique. Val, en 70, c'est
un gros pull en laine troué, une moustache bizarre, des cheveux longs mal coiffés
et des chansons pessimistes et destructrices qu'il crache à la gueule du public
avec une rage non dissimulée. Dès le début de leur rencontre ils ont envie de
monter un spectacle ensemble. C'est ainsi qu'en Janvier 1973, au
Théâtre de Dix-Heures, aura lieu la première du duo "Font & Val".
Le public est coupé en deux : les anarcho-gauchistes abonnés à vie à "Charlie
Hebdo" sont heureux, tous les autres sont radicalement contre.
Mais la machine est lancée et personne ne peut l"arrêter, ni la presse
critique ni la profession choquée. En cette même année 1973, Patrick Font
montre sa bonne tête de rigolo à lunettes tous les dimanches à la télé dans
Le Luron du Dimanche, sorte de "Petit rapporteur" avant l'heure. Line
Renaud, invitée de l'émission, le remarque et l'apprécie. Elle aime surtout
le Poète et lui offre la possibilité d'enregistrer son premier vrai disque
dans les studios de son mari, Loulou Gasté. Le disque reçu le prix de l'Académie
Charles Cros mais fut un échec commercial. Avec Val, il créait une troupe de
café-théâtre et écrit quelques pièces qui deviendront des références dans
le genre : "En ce temps-là les Gens mouraient" en 1973 et "Sainte-Jeanne
du Larzac" en 1974. En Novembre 1974, après avoir squatté à La Pizza du
Marais, la troupe s'installe au Vrai Chic Parisien l¹ex-Café de la Gare de
Coluche et de Romain Bouteille. Dans ce lieu mythique, se jouera "La
Démocratie est avancée" troisième pièce de la troupe. En 1977 débutent
les premières tournées Font & Val en province et sort leur premier disque
: "L'autogestion". Grâce au soutien du Charlie Hebdo de l¹époque et
de quelques animateurs de France Inter (Bouteiller & José Artur), ils
remportent un beau succès. Ensuite tout s'accélère, les spectacles comme
les disques. Font & Val deviennent de plus en plus célèbres.
En mai 1977, il ouvre sa première école du spectacle dans un chalet en
Haute-Savoie. C'est l'aventure de la compagnie de Chalet avec ses spectacles,
son journal et ses disques. L'occasion pour Font de faire chanter ses chansons
plus tendres par de jeunes gens talentueux et de les faire découvrir à un
public surpris par tant de poésie. Entre 77 et 86, Font & Val vivent
leurs heures de gloire. Il n'y a pas un festival de la chanson où on ne les
voit pas, pas une année sans la sortie d'un nouveau disque et un nouveau
spectacle. Charlie Hebdo leur consacre même une double page entièrement dessinée
par l'ami Cabu, qui signera également la plupart de leurs pochettes de
disques et affiches. En 1986, Font sort son cinquième disque
solo "Patrick Font, 19 Chansons". Album qui deviendra vite culte auprès
des amateurs de la bonne chanson française abonnés à "Paroles &
Musiques" puis "Chorus". Entre 1986 et 1991, Font & Val
vivent, comme la plupart des chanteurs des années 70, une petite période dans
le creux de la vague. Leurs albums "Votez Sensuel" (unique disque de
Font & Val entièrement réalisé dans un studio avec une face Val et une
face Font) et "Bientôt l'Europe" se vendent peu.
En 1991, Laurent Ruquier et Jean-François Remonté
recherchent des chroniqueurs pour animer une émission radiophonique et
satirique de deux heures, en direct et en public, qui aura lieu tous les
dimanches sur France Inter dès septembre. Ruquier, étant un grand fan du
gugusse frisé à lunettes, fait appel à Patrick Font et c¹est le début
de l'aventure de "Rien à Cirer" qui va durer 5 ans et qui va relancer
sa carrière et celle du duo. Il va choquer des centaines d'auditeurs et recevra
des tas de lettres d'insultes à cause de petites formules du genre : "Jean
Luc Lahaye, quand on entend ce qu¹il chante, on comprend les parents." ou
"Sachant que la pine à de Gaulle mesurait 18cm en érection, pouvait-il
traverser la Manche sans le secours de la marine anglaise ?". Mais si Font
énerve les plus puritains d¹entre nous, il sera, en partie, responsable du
grand succès de l'émission. De son côté, et après avoir été l'un
des piliers de "La Grosse Bertha", Philippe Val relance l'hebdomadaire
"Charlie Hebdo" et en devient le rédacteur en chef. Un rôle qui va
lui prendre plein de temps et permettre à Font d'en avoir plus pour ses projets
personnels et d'ouvrir une deuxième école dans ses montagnes : L'Ecole Marie
Pantalon. Font créait également un deuxième duo avec son grand ami Daniel
Gros qui est, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, un formidable comédien
et un auteur subtil au style proche de celui de Desproges (Titres des spectacles
de Font & Gros : "Walter et John" et "Actu Massacre").
Font refera un petit tour à la télé toujours pour "Rien à Cirer"...
mais on le coupera souvent au montage et ça ne marchera pas.
Le Vendredi 16 Août 1996, je lis dans mon journal régional qui est "L'Est
Républicain" : "Font a été arrêté, mis en examen et écroué sur
plaintes de plusieurs familles pour des affaires de moeurs à l'encontre de
filles mineures. L'animateur a admis avoir noué des relations avec des jeunes
filles mineures, faits qui correspondent à deux chefs de mise en examen retenus
à son encontre (attentats à la pudeur et attouchements sur mineures de moins
de 15 ans par personne ayant autorité) mais a catégoriquement nié toute autre
accusation. (En pleine affaire Dutroux, tout le monde fera l'amalgame et il se
fera traiter de violeur et d'assassin). Il fera 4 ans de prison. Aujourd'hui,
Font est tous les lundis soirs au théâtre du Lucernaire à Paris dans un
spectacle intitulé "Politiquement Incorrect" avec plein de ses
anciens potes ... Val, de peur que son histoire ne brise sa carrière, refuse de
retravailler avec lui. Font prépare un tout nouveau spectacle "Le Rocky
Humour Chaud" avec Serge Llado et un guitariste nommé Frédéric
Belinsky et un nouveau disque de ses nouvelles chansons. La vie continue... et
Font avec...
Eric
Mie
©
Aubonsketch |