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Michel Boujenah répond à nos questions sur les thèmes de ses spectacles et sur son premier film "père, fils"

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Nous avons profité de notre rencontre avec Michel Boujenah à Andenne pour l'inauguration de la première salle de spectacle qui portera son nom pour lui poser quelques questions sur les thèmes qu'il aborde dans ses spectacles, sur son premier film "père, fils" et sur la différence entre cinéma et théâtre".

 

les thèmes de ses spectacles - Son film père, fils - Différence entre cinéma et théâtre - Photos de cette rencontre  

 

 

Pourquoi attache t'il tant d'importance au personnage du père, de la famille dans ses spectacles:

 

«  Tous les auteurs ont des obsessions.  Tous les peintres, les musiciens.  Ont reconnaît un tableau d’un peintre en ce disant : tient c’est un tableau de ce mec là ».

 

« Mais au fond, l’important c’est quoi ?  Si vous prenez l’ensemble de la littérature par exemple, tous les thèmes ont été abordés.  C’est comme les chansons, on écrira toujours des chansons d’amour, mais pourtant tous les thèmes des chansons d’amour ont été abordés.  Mais chaque fois qu’un auteur, un peintre, un chanteur a vraiment envie sincèrement d’aborder un thème, alors ce thème pour lui devient unique.  La preuve c’est qu’il y a de très mauvaises chansons d’amour et il y a ne me quitte pas ou ma plus belle histoire d’amour c’est vous.  Ça, ce sont des chanson qu’on ne peut pas oublier.  Et pourtant elles sont très banales.  Ne me quitte pas au fond c’est très banale : Je suis malheureux, je t’en supplie ne t’en vas pas.  Combien il y a de chansons dans lesquelles ont dit ne t’en vas pas ?  Mais quand c’est Brel qui écrit ça, on est bouleversé.  Alors il nous fait redécouvrir le sentiment amoureux ou l’appel amoureux.  Ainsi, ce que je cherche au fond ce n’est pas tellement le thème sur lequel je dois travailler ou le thème que personne n’a jamais traité. 

 

C’est le thème qui moi me fait vibrer, qui moi me fait marcher, qui me fait rêver, qui me fait avancer dans mon imagination et qui me fait progresser dans mon travail.

 

Des champs de blés on en a depuis la nuit des temps.  Car le blé, c’est symbolique, c’est emblématique de la vie.  Et pourtant quand on voit un champ de blé de Van gogh ou un autre c’est pas le même.  Parce que ce qui est important, ce n’est pas le champ de blés, c’est Van Gogh.  Or Vangogh est unique.

 

Alors, c’est ça qui fait qu’un spectacle est unique.  C’est celui qui l’écrit qui le fait, c’est pas tellement le thème qu’il aborde.  Sinon on prend la bible, et il y a tout dans la bible.  On écrit plus rien, on fait que des guillemets». 

 

 

Son premier film "père, fils"prévu pour l'été 2003:

 

«  Mon film, c’est ma manière à moi et à mes camarades qui ont travaillés avec moi de raconter qu’au fond – même si c’est une comédie.  Je dis souvent que c’est une histoire triste qui fait rire – on dit : il vaut mieux aimer ou détester son père vivant que mort.  Parce qu’après il est trop tard.  Mais c’est un thème éternel de dire la vérité aux gens qu’on aime. Y compris qu’on les déteste.  Mais nous on la raconte nous.  Alors elle est unique pour nous.  Et elle sera unique pour vous si le film est réussi et si vous l’aimez.  Parce que ce qui compte, c’est l’émotion, c’est ce qui se passe entre le public est une œuvre d’art, c’est quand vous êtes dans la salle et que vous êtes touchés, que vous rigolez. 

 

Qu’est-ce qu’il y a de plus banal qu’un enfant de huit ans qui dit à son père je t’aime, ou un enfant qui vous prends dans les bras.  Pourtant quand c’est le nôtre, on a l’impression qu’il n’y a rien de comparable à cela.  Pourtant tout le monde l’a vécu.  Alors quand on arrive à créer cette émotion là quand on écrit un spectacle ou un film, c’est ça le plus important.  Qu’est-ce que c’est les outils pour le faire,  qu’est-ce que c’est d’être original ? ».

 

«  Moi, il y a un truc qui m’a toujours fasciné.  J’adore les trois mousquetaires.  En livre, en film j’ai vu 18 versions.  Je connais l’histoire par cœur.  Et pourtant quand je vois le film, je fais comme si je ne savais pas. Et ça, c’est quand le film est réussi.  Pourquoi on est capable de voir un opéra ou une pièce de théâtre classique et d’avoir du plaisir à la voir, alors qu’on la connaît ».

 

« Mon film, ça m’a bouleversé.  Parce que quand vous jouez seul sur scène, vous ne voyez pas ce que vous faites.  Même quand vous regardez une cassette vidéo, vous ne voyez pas ce que vous faites.  Vous vous voyez toujours dedans.  Et là, pour la première fois de ma vie, comme je ne joue pas dans le film, j’ai vu.  Il y a un père dans le film, le fait qu’il ait sa chemise fermée pendant toute l’histoire sans sa cravate.  Qu’il ai ce gilet, qu’il ai ce manteau, je le vois.  Ça paraît peut-être banal de dire ça, mais c’est bouleversant de voir pour la première fois ce que je ne voyais pas avant.   Ce que je sentais, mais que je  ne voyais pas.  C’est comme si je sortais de tôle.  J’étais tout seul dans une prison magnifique qui était ma solitude.  Et tout d’un coup j’ai tellement de gens qui sont là pour rendre vivant et réel quelque chose que je ne voyais pas et que maintenant je vois.  Je connaissais tout ça comme acteur, et là non plus je ne voyais pas.  J’adore être acteur, mais là c’était bouleversant. Il y a des moments du tournage, je m’écartais dans un coin et puis je me retenais de ne pas craquer affectivement parce que j’étais vraiment ému ».

« Je ne sais pas si je vais faire un autre film.  Ça va dépendre de la réaction du public, si tout les gens disent que c’est bien, je vais devoir continuer.  Parce qu’il y a des gens qui font du cinéma depuis des années en faisant trois spectateurs et ils continuent.  Je ne les comprends pas.  Si le public ne vient pas voir père et fils, je pense que j’aurais vraiment du mal à dire : j’ai vraiment envie de faire un autre film.  Où il faudrait vraiment que même si il y a que deux spectateurs, qu’il y ait un tas de gens qui me disent, c’est pas grave, t’inquiète pas c’était magnifique.  Alors si jamais le film fonctionne et que les gens sont contents qu’est-ce qui va se passer ?  Je vais pas dire : oh punaise c’est formidable, faut que j’en fasse un autre.  Si jamais ils n’aiment pas, je vais dire : bon je ne suis pas doué pour faire ça.  Il y a une chose pour laquelle je suis apparemment doué, c’est jouer sur scène, donc je vais jouer sur scène et je vais faire le spectacle que j’ai dans la tête depuis deux ans auquel je pense ou je vais reprendre les magnifiques ou je ne sais pas quoi.  Mais en tout cas j’irais sur scène.  Et peut-être que je me suiciderais allez savoir (en rigolant) ».

 

Sa différence entre cinéma et théâtre:

 

«  Si j’écris à une femme je vais te faire l’amour comme çi, comme ça et comme ça.  Et elle reçoit la lettre.  Est-ce qu’elle va avoir du plaisir avec la lettre.  Tandis qu’au théâtre je lui fais l’amour.  Il y a une sacrée différence».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Aubonsketch

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