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Cette
interview 100 % exclusive est réalisée par Jonathan
Godts le 12 novembre 2001
Jonathan
Godts :
La première question concernera les autres humoristes par rapport à vous.
Aussi quel est ou quels sont les humoristes que vous appréciez le plus que ce
soit dans la vie (caractère/humanisme) ou sur scène au niveau du talent ?
Didier
Bénureau:
Ceux que j'apprécie le plus, c'est Valérie Lemercier
JG:
Vous avez d'ailleurs joué dans son film "le derrière" si je ne me
trompe pas. C'était pas mal ce film, avec Dieudonné qui était
remarquable.
DB:
Absolument oui. Dieudonné était formidable. Ensuite il y aurait
justement Dieudonné et puis c'est Dupontel que j'ai fréquenté beaucoup,
ensuite on s'est un peu perdu de vue quand il s'est lancé dans le cinéma.
Mais je le connais bien, et je l'aime beaucoup. C'est quelqu'un qui a du
caractère, qui ne ressemble à personne d'autre. Il a une personnalité
très originale et il l'a franchement. Il n'a pas peur, il est courageux
je trouve.
JG:
Qu'est-ce qu'il devient sinon vis-à-vis de la scène ?
DB:
Il veut plus en faire depuis longtemps. Je pense qu'il était pas très
heureux sur scène. Il a plus envie de réaliser, c'est plus un parcours
d'auteur, de réaliser, d'écrire que d'aller sur scène.
JG:
Mais ceci dit, il le fait aussi très bien donc on va pas s'en plaindre.
Mais quelque part on regrette un peu le Dupontel de scène.
DB:
On le regrette, mais quelque part, on sait jamais. Peut-être qu'il évoluera,
qu'il changera et qu'il reviendra. Parce que je pense qu'il a souffert
d'un public un petit peu"populaire". Enfin il me semble, en tout
cas, c'est ce qu'il me disait. "Populaire" dans le sens d'un peu
basique. Il me disait, enfin il me disait ... ils sont tous dans la
salle. Et je pense que si il montait sur scène aujourd'hui, il y aurait
pas le même public.
JG :
Quels sont les humoristes que vous côtoyez, que pouvez vous dire
d’eux.
DB:
Ceux que je côtoie, c'est Dieudonné et Valérie Lemercier
JG:
D'accord, justement ceux que vous appréciez particulièrement. Si on vous
donnait l'opportunité de faire un duo avec un humoriste, qui choisiriez- vous ?
DB:
Et bien l'un des deux !
JG:
D'accord, on reste en famille quoi !
DB:
Oui, enfin sinon après il y a les gens que je connais pas. Dans les gens
que je connais pas ? Là, il y en a pas qui me vienne à l'esprit...
Il y a Gad Elmaleh aussi que j'aime beaucoup et que j'ai pas cité. Il y a
Gad que je voie de temps en temps, que je croise. Disons qu'on se fréquente
pas vraiment, mais on se croise souvent car on a le même producteur. On
se voit de temps en temps, et puis on se connaît depuis des années parce que
avant on avait aussi un autre producteur commun. Et moi, j'ai beaucoup aimé
son spectacle voilà. Donc, il est aussi à mettre dans la liste des gens
que j'aime.
JG:
Comme vous connaissez bien Dieudonné, j'aurais voulu savoir ce que vous pensez
un peu de son parti: "les utopistes" ?
DB:
C'est une bonne idée.
JG:
Vous n'y adhérerez pas ?
DB:
J'en sais rien, on n’en a jamais vraiment parlé.
JG:
Parce que c'est important pour lui quand même non ?
DB:
Oui, c'est important. Je ne connais pas le contenu et c'est peut-être pas
assez clair pour les gens. C'est un peu confus.
JG:
Il a quand même la conviction d'aller jusqu'au bout non ?
DB:
Je crois. Je vais lui demander puisque je dîne ce soir avec lui.
JG:
On vous redemandera quoi plus tard alors. Continuons l'interview. Si
vous deviez vous décrire en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?
DB:
C'est délicat. Je suis un peu enfantin je crois, un peu têtu.
C'est-à-dire que je suis parfois têtu dans ce que j'ai envie de faire.
Je suis parfois un peu lent aussi. Enfin tout est relatif. Je dis je
suis lent, parfois je me trouve pas assez vif. Oh, je sais pas.
Faudrait plus demander à ma compagne ou à une amie, ou à Dieudonné tiens ce
qu'il pense de ce que je suis, je sais pas ...Et chauve.
JG:
Sinon, un mot qui aurait été facile et qui est un qualitatif que les
humoristes aiment bien généralement, c'est marrant tout simplement.
DB:
Et marrant. Oui sur scène et parfois dans la vie, je ne sais pas.
JG:
si c’est un pseudo. Pourquoi
avoir choisi celui-ci ?
DB:
Ah, ça n'en est pas un, c'est le nom de mon père et de mon grand-père.
JG:
Et de l'arrière grand-père par la même occasion. Si Didier Bénureau n'était
pas humoriste, que serait-il actuellement ?
DB:
J'en sais rien. Si j'étais pas comédien, je sais pas du tout. Je
sais que j'aimais bien m'occuper d'enfants, peut-être éducateur ou un truc
comme ça, parce que je m'amusais bien avec eux.
JG:
Quel a été votre meilleur coup de poker dans votre carrière ?
DB:
j'ai pas eu tellement de coup de poker. Le risque, chaque fois que je
monte sur scène. Mon plus gros coup de poker c'était la première fois
que j'ai fait un one-man-show. J'ai vraiment failli vomir, faire dans mon
froc. Ah oui, c'était terrible, j'aurais donné n'importe quoi pour pas y
aller. Je m'en souviens très bien.
JG:
En vous retournant sur la carrière que vous avez accomplie, avez-vous déjà un
regret ?
DB:
Et bien de peut-être pas avoir enchaîné les spectacles un peu plus vite.
Je faisais un one-man-show, ça décollait pas vraiment, j'avais du public, mais
bon je ne faisais pas non plus un succès. Donc après je laissais de coté,
je disais: "bon j'en ferais un autre". Et maintenant que les
choses sont plus évidentes, je me dis: "et bien tiens au lieu de mettre 10
ou 15 ans, j'aurais pu ramener cela sur 3 ou 4 ans si j'avais enchaîné et persévéré".
Mais bon c'est une idée que je peux avoir comme ça avec le temps. Mais
sur le coup il y avait aussi le cinéma, même si c'était pas toujours des
grands rôles, mais ça m'intéressait aussi. Et comme j'avais des rôles,
je me disait: "oui je vais faire un spectacle, je vais m'y mettre".
Et puis je m'y mettais pas.
JG:
Peut-être que maintenant que vous commencez à avoir une certaine notoriété
vous allez enchaîner les spectacles un peu plus vite non ?
DB:
Oui, j'ai plus envie d'en faire. C'est encourageant quand on a du succès.
J'aurais quand même pu plus m'acharner, mais j'ai toujours avancé avec mon
plaisir. J'ai toujours écrit avec des copains pour déconner. En
fait si j'avais dit: "tiens je vais faire ça, ça va plaire aux
gens". Moi, c'est assez spontané, je peux me ramasser complètement
ou alors ça peut cartonner comme "Morales", mais au début c'est que
des conneries. J'essaie d'être dans un truc très ludique.
JG:
Si vous ne deviez délivrer qu'un seul message à l'ensemble de votre public, ce
serait lequel ?
DB:
Venez nombreux, mais ça fait un peu racoleur.
Ce
serait plutôt, je vous aime bien, mais j'aime bien me foutre de vous.
JG:
Une certaine forme d'amour envers le public quoi. Ici la phrase qui aime
bien châtie bien irait bien non ?
DB:
Et bien voilà, qui aime bien, châtie bien. Moi j'aime bien les gens, et
je crois que les gens ressentent ça.
JG:
Je vous propose maintenant de fermer les yeux et de vous imaginer dans 20 ans.
Que voyez vous ?
DB:
Sur le plan professionnel, ce serait partager entre des spectacles d'humour, du
théâtre, du cinéma et même de la chanson aussi, ça me plairait. De
faire une espèce de comédie musicale. De faire une opérette rigolote.
Un opérette avec Valérie Lemercier, Dieudo et Dupontel ....
JG:
Oh oui, ça serait carrément chouette. Allez, on vous y encourage.
DB:
Avec Dieudonné en princesse, ce serait drôle non ?
JG:
Ah oui, là ça devient franchement motivant. Votre plus beau rêve
sinon, ce serait quoi ?
DB:
Je sais pas. C'est de faire des spectacles et de continuer cela. Les
rêves, on s'en rend compte quand ils arrivent. On peut rêver d'une chose
et puis se ramasser et dire: "ben non, finalement, c'est pas ça".
JG:
Si je vous propose de vous poser une question à vous-même et de vous répondre
que me diriez-vous ?
DB:
Mais pourquoi tu travailles pas plus, pourquoi t'écris pas plus ?
Et
bien, parce que ça marche.
JG:
vous avez pas envie que ça marche encore plus ?
DB:
Si, mais c'est parce que je joue tous les soirs et que je suis fatigué, et que
je me dis tous les jours que je devrais écrire en journée d'autres sketches.
JG:
Comme là, le réveil a été dur ?
DB:
Non, le réveil est heureux, mais il est un peu tard. Et dans la journée
je me préserve. C'est vrai que je glande un peu parce que je veux pas me
fatiguer et je veux surtout être en forme pour m'amuser le plus possible sur scène.
JG:
Je vous donne à présent l'occasion de vous défouler un peu. Quel serait votre
plus gros coup de gueule/blues/déception ?
DB:
Mon plus gros coup de blues, ce serait que quelqu'un que j'aime disparaisse. Ça,
c'est une chose qui prime sur mon métier et sur tout.
DB:
Sinon, un petit coup de gueule ce serait quoi. Juste histoire de dire Bénureau
se lâche.
DB:
Oh, y'a tellement de choses à dire. Un coup de gueule ce serait par
rapport aux comportements de gens que je trouve égoïstes. C'est une
banalité de dire ça, mais moi ça me révolte. Moi qui suis plutôt
Catho, qui a été élevé là-dedans, il y a de petits comportements qui me révoltent,
quand les gens sortent de l'église et qui ne donnent pas d'argent à des gens
qui sont dans la rue. Je dis pas qu'ils sont tous comme ça. Je dis
que certains ont des hypocrisies religieuses. Quand j'entends des extrémistes
religieux de tout poil et de tout bord qui sont racistes avec les autres, ça me
révolte, ça me bouleverse. Parce que moi j'ai été un peu élevé là-dedans,
et j'y ai cru naïvement, et j'y crois quand même à ces valeurs là et ça me
révolte que des gens qui sont pratiquants puissent avoir ce comportement et ce
racisme là vis-à-vis des gens qui pensent différemment et qui ont
d'autres religions. Je trouve cela absolument inacceptable.
JG:
Et la tradition fait que j'achève une interview en vous demandant quelle
serait votre définition de l’humour.
DB:
Il y a de la moquerie et de la compassion dedans.
JG:
Et bien un grand merci Didier Bénureau pour vos propos et le temps consacré à
cet interview, peut-être à une prochaine fois pour de nouvelles aventures.
DB:
Sans doute oui, merci.
©
Aubonsketch
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